entretien

Mardi 26 août 2008
Quel était l'objet de la conférence de ce matin ?

    Ce matin, il s'agissait de réfléchir aux relations entre le politique et le religieux. C'est un sujet très actuel, très moderne, qui fait toujours l'objet de débats et parfois de polémiques. J'ai voulu le traiter d'une façon détachée, objective, en me référant à des travaux d'auteurs contemporains qui ont un peu renouvelé le sujet. Je pense notamment à Marcel Gauchet, auteur d'un livre très important qui s'appelle Le désenchantement du monde. Le livre a été énormément commenté et moi-même j'eu l'occasion, souvent, de parler avec l'auteur.

Comment posez-vous cette question des relations du religieux et du politique ?

    J'essaie de la poser à partir de l'Histoire et notamment de l'apparition du christianisme il y a 20 siècles. En effet, le christianisme s'est montré original par rapport aux autres religions en établissant un principe de séparation. C'est la fameuse formule de l'Evangile : « Rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Mais l'Histoire, justement, montre la difficulté d'appliquer ce principe. Au Moyen-Âge, certains penseurs qui se réclament de Saint Augustin ont voulu poser la notion de subordination du politique et du religieux. L'on assiste par ailleurs aux luttes entre la papauté et le Saint Empire Romain Germanique pour obtenir la suprématie.
   À partir du XVIème siècle, la question se pose autrement à cause de la Réforme et de la division de la Chrétienté. Le pouvoir politique tend à s'autonomiser par rapport à des religions qui s'opposent et même se font la guerre.

Qu'en a-t-il résulté pour la monarchie française ?

    Avec Henri IV, Richelieu et Louis XIII, la monarchie va monter en puissance à cause de cette autonomie obtenue ainsi que par la défaite progressive des tenants du pouvoir aristocratique.
On peut même dire que c'est à ce moment là qu'est fondé l'Etat moderne avec la monarchie administrative qui va faire de la France, aux XVIIème et XVIIIème siècles, la première nation d'Europe.

L'esprit antireligieux du XVIIIème siècle ne va-t-il pas donner une autre dimension au problème ?

     Oui, les Lumières françaises distillent un fort sentiment antireligieux qui aboutira à la persécution du christianisme sous la Révolution. Napoléon établira la paix religieuse en négociant le Concordat avec le pape. Mais la lutte de ce qu'on appellera « les deux Frances » va se perpétuer jusqu'au XXème siècle. On parviendra à un compromis avec la séparation de l'Eglise et de l'Etat qui prive l'Eglise des fonds publics mais lui assure une réelle liberté. Cela ne veut pas dire que tous les problèmes sont résolus. Le laïcisme qui se cache souvent derrière la laïcité poursuit un travail de sape antireligieux.

Vous avez abordé à la fin une question connexe, celle de l'antisémitisme qui a longtemps marqué le mouvement royaliste ?

    Difficile de répondre à cela en quelques mots mais je dirai que l'attitude de Pierre Boutang sur ce sujet préfigure un renversement total de perspective. La tragédie de la Shoah interroge les royalistes autant que les autres familles intellectuelles. Il apparaît aujourd'hui que le judaïsme suscite des courants de pensée qui nous sont proches ou en tout cas nous sont précieux dans la réfléxion politique. Je pense à des philosophes comme Hannah Arendt, Leo Strauss, Martin Buber qui sont infiniment plus proches que des courants philosophiques français très hostiles aussi bien à la tradition monarchique qu'à la tradition chrétienne.
Par le petit Maxime
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