La presse française suit toujours pas à pas le déroulement de la course à la Maison Blanche. En particulier les primaires du parti démocrate. Elles se sont enfin terminées hier
avec la nomination officielle de Barack Obama. Après les déchirements internes l'heure est a l'union. Le Monde nous décrit le retournement des époux Clinton, bien obligés de soutenir le candidat de
leur camp.
Libération élabore toute une propagande sur Barack Obama, tendant a lui donner une image favorable auprés du lectorat français. Sa vie nous est présentée dans des termes
particuliérement élogieux. Les journalistes veulent nous convaincre de son profond engagement au sein de la démocratie américaine. Ils jouent sur une fibre sentimentale le présentant avec sa
famille et dans sa jeunesse, ce qui touche le public français. Cette stratégie de communication semble être unanimement partagée au sein de la presse française, de gauche comme de droite.
De son côté, le candidat républicain John Mc Cain est tout-à-fait occulté. Ce qui laisse toute lattitude aux journalistes pour parler d'Obama, sans pour autant présenter son
programme ou de possibles modifications sur les rapports franco-américains suite à son éventuelle élection.
Bertrand Delanoë nous annonce dans un entretien au Monde sa candidature à la tête du PS. Il présente un projet réformiste, européiste, écologiste, dédié à une
efficacité de gauche ; vaste programme. Il cherche à rallier à sa bannière les Hollande, Aubry, Moscovici et le pôle écologique en défendant le principe de différenciation entre la direction
du PS et le candidat à la présidentielle de 2012. Etrangement, aucune politique de main-tendue n’est envisagée avec Ségolène Royal, Laurent Fabius ou l’aile gauche du parti. L’entretien tourne
néanmoins rapidement à la critique sévère et « constructive », bien entendu, de la politique économique et sociale du Président Sarkozy. Le grand spécialiste militaire qu’est le maire de
Paris évoque ensuite la mission en Afghanistan sans malheureusement dégager de projet concret. La séance d’esquive sémantique se poursuit jusqu’au refus affiché du maire de Paris d'envisager toute
alliance avec les centristes ou l’extrême gauche, position courageuse s’il en est.
Un second article du Monde introduit l’idée évoquée au PS d’organiser des primaires afin de désigner le candidat à la présidentielle tout en donnant la parole aux simples
sympathisants. Ce mode d'élection permettrait, selon la fondation Terra Nova, de mieux différencier conquête du parti et désignation du présidentiable. Les militants devront néanmoins accepter de
renoncer à leur monopole et le parti s’accommoder du conflit de légitimité entre le candidat à la présidence et le premier secrétaire. Ces mêmes militants pourraient cependant élire seuls le leader
du parti sur le modèle anglais ; le problème étant que le PS fonctionne sur le mode exactement opposé aujourd’hui. Bref, le PS a des idées et se rénove…sur un joli morceau de papier.
Libération, sans doute pour rattraper le fait de ne pas avoir d’interview de Delanoë, nous en propose une de François Hollande. Elle n’est ni très novatrice ni très révélatrice
d’un « projet » de la gauche ; en revanche, elle est très drôle… En effet, l’actuel secrétaire du PS pratique la langue de bois avec excellence, promeut la réconciliation générale au
prochain congrès, la création d’une « direction forte » pour le parti et refuse de se prononcer sur son candidat préféré. On peut toutefois lire entre les lignes que la politique
souhaitée (la même que Delanoë par ailleurs) est une politique de gauche de hausse des impôts et de revalorisation des allocations en tout genre. M Hollande ignore le danger Besancenot en décrivant
le nouveau parti anti-capitaliste comme une impasse, et refuse totalement de débattre sur les questions nécessaires : le rapport entre le présidentiable et le secrétaire général du parti,
ainsi que la possibilité d’instaurer des primaires pour désigner le candidat à la présidence. Une interview qui ne nous apprend rien et qui ne risque pas de remonter le moral des
« sympathisants » socialistes.
Enfin, le Figaro, loin de chercher à être original ou à apporter de l’information, se contente d’un résumé de l’interview du Monde sans aucune analyse. On y apprend uniquement
que Lionel Jospin apporte son soutien au maire de Paris – la belle affaire ! - et que l’UMP reproche à ce dernier de délaisser sa mairie après avoir pourtant promis de s’y consacrer.
La presse nous a présenté ici un magnifique cocktail de langue de bois, vide journalistique, croisements éditoriaux et fausses bonnes idées. L’annonce « inattendue » de
la candidature de Delanoë devrait bouleverser le paysage politique et entrainer des réactions en chaîne passionnées et passionnantes des candidats annoncés ou potentiels... Rien de nouveau sous le
soleil socialiste.
La mort de 10 soldats français en Afghanistan a permis une breve prise de conscience des réalités de la guerre au sein de la population - au point
d'être le sujet d'un débat au Parlement le 22 septembre prochain.
Le Monde réserve toute une page à ce propos, pointant du doigt l'incapacité du Parti socialiste à établir une position commune. M. Hollande craint de fortes divisions internes
autour du dilemme « retrait total et immédiat ou envoi de renforts ». Pierre Moscovici, secrétaire national du PS, chargé des questions internationales, a déclaré « Le retrait non.
La révision stratégique oui. » Henri Emmanuelli, quant à lui, s'en est désolidarisé et déplore une soumission à Washington dans le cadre de l'OTAN. Il ajoute que la France semble de plus en
plus contaminée par les thématiques néo-conservatrices américaines, se lançant dans une croisade pour imposer de force la démocratie. Cette dernière a besoin de l'appui du peuple.
Dans Libération Bruno Le Maire (UMP) avance bien au contraire un rôle politique de stabilisation que la France devrait jouer dans cette région – en tentant de contre-balancer
l'hégémonie américaine. « L'OTAN ne suffit pas. » a t-il ainsi déclaré, dénonçant par ailleurs l'ambiguïté des missions de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf). Il
invoque en outre l'importance pour le peuple afghan de recouvrer sa souveraineté, avec l'aide de la France, face aux menaces de son voisin, le Pakistan. Il met également en avant l'intérêt direct
de la France dans cette mission en Afghanistan, rappelant « les menaces qui pèsent sur nos intérêts nationaux, en métropole et ailleurs » du fait du terrorisme et du
fondamentalisme.
Le Figaro a choisi de développer la thématique du « mot "guerre" », jugeant qu'il faudrait expliquer aux Français la nature de l'engagement militaire et son objectif.
Opération de maintien de la paix ou véritable « guerre » ? Comment les Français pourraient-ils comprendre la mort de leurs soldats quand leur premier ministre leur affirmait le 8 avril
dernier (comme le rappelle Le Monde ): « La France n'est nullement en guerre. »
Toujours est-il que les choix politiques du gouvernement sont loin de faire l'unanimité. On peut noter que la soumission à l'OTAN est sans aucun doute l'argument le plus récurent
chez les partisans du retrait des troupes. Le général Stollsteiner, commandant les troupes françaises à Kaboul reconnaît des erreurs de stratégie dues à un « excès de confiance ».
La France ne doit pas s'engager dans les guerres anglo-américaines et euro-atlantistes, l'Etat doit se monter avare du sang des français. Seul les intérêts de la France doivent
guider notre politique étrangère et nos engagements militaires. Il est urgent de retirer nos troupes d'Afghanistan et de soutenir politiquement l'indépendance de la patrie du lion du Panshir.
Puisse t-elle se retrouver autour de son roi Zaher Shah.
Le conflit qui avait cristallisé autour des provinces géorgiennes mais pro-russes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie va-t-il bientôt finir ? Qui est dans son bon droit, à
qui la faute dans les graves surenchères ont ensanglanté la région ? La grande presse, quoiqu'aseptisée, est unanime. Le Parisien/Aujourd'hui en France nous donne une synthèse plutôt complète de la
situation sur place et de la position de chacun des deux camps en présence, en dépit d'une page presqu'entièrement consacrée à Mikaïl Saakachvili, sous forme d'entrevue dont les questions vont
souvent dans le sens du Président géorgien; parlant notamment de «l'erreur de la France» à propos de sa neutralité dans le conflit (et de l'Europe, pour qui c'est davantage d'impuissance qu'il
s'agit) et de «bon prétexte [à une intervention armée des Russes]» pour l'agression de la Géorgie; même si elles ne l'épargnent pas trop en reconnaissant bien les déploiements et tirs géorgiens en
Ossetie du Sud comme les «attaques» qu'elles sont et en rappelant la «colère» des réfugiés géorgiens l'encontre du gouvernement. Même ton aseptisé l'air de rien Le Figaro, s'il est plus précis
quant aux modalités de redéploiement des forces russes, l'emplacement et la composition des nouveaux points de contrôle, déplore ce qu'il interprète comme de l'ingérence de la Russie dans les
affaires géorgiennes mais ne semble pas s'émouvoir outre-mesure du travail de sape américain de l'influence russe aux portes mêmes de l'Empire: «Sous prétexte de maintenir la paix, les Russes sont
en train de préparer à (sic) un nouveau redécoupage territorial d'un pays qui en a connu (sic) au moins cinq depuis 1918. » De même, Le Monde reprocherait presque aux Ossètes de monter en épingle
le sort terrible qui les accable pour les besoins d'une propagande médiatique tout-à-fait orientée et partiale, s'il n'était pas forcé de reconnaître bon gré mal gré la réalité des bombardements
destructeurs et meurtriers de ces dernières semaines et leurs effets visibles sur la population civile. En fait, seul de son côté, Libération préfère se taire sur ce sujet que d'en raconter
n'importe quoi comme à l'accoutumée – c'est tout à son honneur.