Vendredi 29 août 2008
    Grand bond en avant dans l'Histoire de notre auguste royaume ; quittons Philippe le Bel et son oeuvre d'indépendance vis-à-vis du Vatican pour étudier une époque bien plus noire, "trop connue pour être bien connue" selon l'adage : les années de l'Occupation.
    Entre 1940 et 1945, le traumatisme causé par l'humiliante défaite militaire est source de bouleversements politiques vraiment spectaculaires. Les historiens désignent ces phénomènes sous le nom de "Paradoxe français". Simon Epstein, économiste, historien, professeur à l'Université de Jérusalem et spécialiste de l'antisémitisme occidental des XIXe et XXe siècle, livre des éclairages précieux sur cette classe politique qui subit une implosion ainsi qu'une fragmentation profonde. Le Paradoxe français nous donne à voir des retournements de positions et des changements d'alliances stupéfiants.
    Ainsi l'on note que dans les appareils fonctionnaires et militants de Vichy s'activaient des anciens partisans dreyfusards, philosémites et d'anciens militants antiracistes ayant retourné leur veste afin d'apporter leur pierre à l'édifice de nazification. On retrouve également des communistes de tendance trotskiste comme la Fédération des Etudiants Révolutionnaires, présente à Paris et à Strasbourg. Celle-ci suivait - avec un zèle tout particulier - la ligne du PCF, à savoir "Accueillons nos camarades allemands". Une ligne politique qui ne changera qu'en 1941. Des socialistes prêtent aussi main forte au Maréchal, au premier rang desquels on trouve Laval, figure tutélaire de la Collaboration. Pétain était d'ailleurs le chouchou de la presse de gauche de l'époque du Front populaire qui, observant l'éclosion de régimes autoritaires chez nos voisins (Franco, Musso, Adolf, etc.), allait jusqu'à demander si la formule ne pouvait pas s'appliquer à notre pré hexagonal. «Pétain, le dictateur qu'il nous faut» affirme la Une d'un journal affilié au Parti Radical, en 1937. Rappelons, enfin, que le Maréchal Pétain reçoit les pleins pouvoirs d'un Congrès à majorité socialiste et que l'on trouve dans l'ombre de son gouvernement certains acteurs du Front Populaire.
    Au vu des ces tristes participations, la théorie qui veut que Vichy fut la revanche de la droite ainsi qu'une rupture d'avec la République, s'écroule. Les royalistes ne sont pas exempts de reproches, hélas, et l'on en compte au Commissariat aux Affaires Juives, dont un des trois patrons se disait "blanc". La structure a d'ailleurs malheureusement été organisée par certains de nos militants "maison".
    Ces années, encore très présentes dans les mémoires françaises, constituent d'ailleurs une période charnière dans l'histoire d'AF où l'on voit les rangs se séparer entre Résistance héroïque ou coup de main à l'occupant contre "la vermine rouge et la juiverie". La passivité n'est pas dans nos humeurs.
    Beaucoup de nos glorieux aînés sont quand même très lucides quant à "l'amitié franco-allemande". Maurras et Bainville leur ont enseigné la méfiance à l'égard du Teuton à croix gammée et ces maîtres s'étaient montrés convaincants. Aussi sont-ils très nombreux parmi les "insurgés de la première heure" ; Leclerc de Hautelocque, d'Estiennes d'Orve, le Duc de Choiseul-Praslin, Jacques de Guélisse, Daniel Cordier, Ghislain de Bénouville, et bien sur Jacques Renouvin pour ne citer qu'eux.
François-Marin Fleutot raconte leur histoire dans Les Royalistes dans la Résistance.
    Cette période troublée nous montrent bien que la lecture de l'Histoire n'obéit à aucun déterminisme et ne souffre d’aucun manichéisme. Elle nous rappelle également que l'Histoire officielle des manuels scolaires pue le Tipp-Ex et cache à peine ses coups de ciseaux et ses ratures.
Par le petit Maxime - Publié dans : point histoire
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