Samedi 30 août 2008
Pourquoi et comment combattre l'institutionnalisation de l'Union Européenne ? Telle est la question posée par Pierre Carvin qui a clôturé notre réflexion menée tout au long du CMRDS. Une réponse : le droit de sécession, qui nous est ici présentée comme solution efficace à la reconquête de nos libertés.

    L'idéologie démocratique dominante est un fléau qui nous est nécessaire de renverser. L'Union Européenne est en effet censée protéger les Droits de l'Homme et la prospérité économique des États membres : en d'autres termes, la liberté (individuelle et collective) et l'égalité. Tocqueville nous explique que ces deux notions sont, en démocratie, en tension permanente et que la liberté a bien moins de préférence chez les démocrates que l'égalité. Cette dernière est en effet « la passion dominante des temps modernes » (Tocqueville), qui modifie le pouvoir au détriment des libertés individuelles.
    Aujourd'hui les nations refusent une omniprésence de l'Union Européenne et forment encore un rempart contre cette dernière. Néanmoins les eurocrates tendent à saper ces nations et veulent appliquer le principe majoritaire à chaque décision. L'Action Française veut raviver le principe de la liberté, ou plutôt des libertés, pour l'indépendance de la France : cela nous pousse à revendiquer le droit de faire sécession !
    Tocqueville nous explique qu'en démocratie la liberté et l'égalité n'ont pas des rapports égaux, et qu'un déséquilibre de ces deux notions est nécessairement présent au sein de la société, un déséquilibre toujours favorable à l'égalité. En effet cette dernière est le propre de la démocratie, tandis que la liberté peut se trouver dans d'autres régimes non démocratiques : elle s'adresse à tous et suscite chez tous les mêmes réactions favorables. L'égalité pénètre ainsi l'ensemble du tissu social et s'il y a des avantages immédiats, des maux plus graves se révèlent à moyen ou long terme. La première conséquence de l'égalité, comme nous l'explique Tocqueville, est d'attacher les hommes aux biens matériels qui sont ouverts à tous, en libre-circulation. Cela entraine l'apparition d'une classe de petits propriétaires qui supplantent numériquement les autres classes, et qui se caractérise notamment par un amour de la tranquillité, une peur du désordre. Si la liberté est présente en démocratie, c'est (selon la terminologie de Constant) une « liberté moderne », fondée sur l'activité économique privée, et non une « liberté ancienne » fondée sur la large participation à la vie politique. La démocratie engrange donc un processus qui, par la mise en place de l'égalité, provoque un attachement aux biens matériels qui mène au désir excessif de sécurité et donc à l'attachement du bien privé (en opposition au bien public), propre de l'individualisme.
    Si l'homme démocratique déteste donc l'inégalité, il accepte un État centralisé et fort. La structure de la société n'est d'ailleurs pas la seule à changer, car la démocratie modifie profondément la morale de la Cité : ainsi l'opinion créée ne supporte pas la complexité et les intelligences ont tendance à se simplifier. Il y a donc à la fois concentration du pouvoir et réduction de la possibilité critique. De plus, avec l'Union Européenne, cette centralisation est aujourd'hui passée du national ou supranational.
    Il est donc important de faire sécession, revendication qui forme le dernier rempart des libertés contre l'Union Européenne. Pourquoi le droit de sécession et non la défense de la souveraineté ? Parce que les citoyens se sentent actuellement déjà citoyens de l'Union Européenne et qu'une défense de la souveraineté serait par conséquent difficilement recevable.
    Pensons trois auteurs afin d'appréhender ce droit, ou plutôt cette nécessité de faire sécession : John Locke, Hans Hermann Hoppe et John Calhoun :
    John Locke est un théoricien libéral anglais du XVIIème siècle. Il a écrit notamment deux traités du gouvernement civil. Ce théoricien reprend « l'état de nature » dans lequel les hommes sont égaux entre eux qui accompagne ce qu'il appelle le droit naturel : nécessité de se conserver et de conserver son espèce. Pour Locke, la société civile coexiste avec l'état de nature. Dans ce dernier naît la propriété et chaque homme a la propriété exclusive de sa personne et de ce qu'il fabrique. L'abandon de la condition naturelle vers la condition civile se fait alors par contrat, avec un consentement régulièrement renouvelé par des élections. Enfin, selon lui, le gouvernement, s'il devient parasitaire, peut être démis de ses fonctions et une partie de la société civile peut faire sécession (L'Amérique fera ainsi sécession d'avec la monarchie anglaise en 1776).
    Hans Hermann Hoppe, quant à lui, est un philosophe américain contemporain. Professeur d'économie, il est libertarien (ou anarchocapitaliste) et pense ainsi le droit de propriété absolue. Hoppe considère en effet l'État comme un parasite, et critique la démocratie à laquelle il préfère la monarchie antiparlementaire. Sa vision de l'état de nature est proche de celle de Locke – les hommes collaborent entre eux – et il pense la famille comme l'un des premiers degrés de socialisation. La socialisation est selon lui spontanée et le droit de propriété apparaît sous des formes variées. De plus, il théorise le droit de sécession. Pour cela, il définit l'État comme une structure d'arbitrage qui aide et reconnaît les lois existant naturellement (coutumes). Néanmoins, pour acquérir cet état de fait, il faut faire sécession afin de contraindre l'État à rendre la propriété aux véritables propriétaires.
    Enfin, John Calhoun (1782 – 1850) est l'un des meilleurs juristes américains et il s'oppose à l'État central étasunien. Il affirme ainsi que tout État doit pouvoir se retirer de l'État central si ce dernier devient parasitaire. Il théorise ainsi le droit de sécession, juste avant la guerre de sécession pendant laquelle il sera une référence. Il dénonce le principe démocratique majoritaire qui mène les petits États à être floués. Il propose donc l'unanimité (« concurrent majority ») ainsi qu'un droit de véto pour chaque Etat afin d'éviter les coalitions. Le gouvernement, quant à lui, se doit d'agir positivement pour acquérir l'unanimité.
    Ces trois penseurs sont essentiels pour comprendre le principe du droit de sécession et pour l'appliquer à la réalité présente. Une chose est certaine : l'Union Européenne tend à la centralisation et la France peut ainsi se transformer en simple département ou région européenne. Il est donc nécessaire d'invoquer le droit de sécession aujourd'hui. L'Action Française se place comme défenseur des libertés françaises et s'affirme contre la représentation nationale qui n'a fait que trahir ! Il faut donc réclamer l'annulation du traité de Lisbonne. Tactiquement, s'il est accepté, c'est une véritable publicité sur l'article 50 qu'il faut engager. Ce dernier, en effet, donne aux États le droit de sécession...ne nous réjouissons pas : pour cela, il faut un gouvernement défenseur de la France, l'accord des autres Etats, et cela coûte extrêmement cher : c'est donc concrètement irréalisable. C'est donc par tous les moyens que nous revendiquerons le droit à nos libertés, à notre indépendance : le droit de sécession !
Par le petit Maxime - Publié dans : Europe
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Vendredi 29 août 2008
Découvrez le numéro 5:
au sommaire:
- Nous sommes les nouveaux partisans
- Qu'est ce que l’identité ?
- L’empirisme organisateur
- qu’est ce que le libéralisme?
- Subsidiarité, ordre naturel, droit naturel
Vers de nouvelles solutions politiques...




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Petit Maxime n°5

Par le petit Maxime - Publié dans : numéros parus
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Vendredi 29 août 2008
Vers de nouvelles solutions politiques...


    La pensée de Maurras est stimulante car elle pose les questions essentielles de la philosophie politique. Dans la Politique naturelle, il développe une approche phénoménologique des relations sociales basée sur la naissance et remet ainsi l'homme au centre de la politique.  Cependant, il reste des questions auxquelles la pensée d'AF n'a jamais répondu. Gérard Leclerc le précise tout de suite, il n'a pas de réponses définitives à apporter. Mais il se propose néanmoins de les reformuler afin de bien poser les problèmes, notamment ceux de l'individualisme et de la démocratie. La contre-révolution, en considérant les choses seulement à travers Rousseau, s'est enfermée dans une impasse. Mais l'on peut surmonter cette opposition binaire par le biais libéral.

    L'individualisme est souvent considéré par l'AF comme un mal absolu. Ce peut être effectivement l'effet d'une mauvaise politique ou de la niaiserie des idées à la mode. Mais il ne faut pas négliger l'évolution de la société décrite par Tocqueville vers toujours plus d'égalité. L'individualisme est désormais un fait majeur. L'association repose beaucoup plus sur le volontarisme.  De là la difficulté de reconstituer des corps naturels comme sous l'Ancien Régime. Les sociologues établissent que  la modernité est le passage de l'hétéronomie à l'autonomie, du holisme à l'individualisme.  Ceci explique en partie la difficulté des royalistes maurassiens à élaborer une doctrine sociale adaptée. Cependant, il ne faut pas tout rejeter de leur effort. Le thème de la participation du général de Gaulle était inspiré par Marcel Loichot qui venait de l'Action Française.

    La question de la démocratie est aussi problématique. Et là encore Tocqueville et les libéraux peuvent nous aider. Si la tradition jacobine est d'achever la Révolution française, les libéraux réfléchissent dans le sens de ne pas renouveler ses erreurs et sa logique de Terreur. Ils n'ont pas la phobie de l'exécutif des jacobins qui ont transféré le pouvoir au législatif. Ils justifient par exemple une monarchie parlementaire, comme Guizot, homme politique mais aussi chef de file intellectuel des « doctrinaires ». Pour lui l'Etat qu'il conçoit monarchique a besoin d'un appui social. Il le trouve dans la bourgeoisie dont les « capacités » doivent être mises au service de l'Etat, par le biais du parlementarisme censitaire.

    L'Action Française a ignoré l'expérience de la Restauration et de la Monarchie de juillet, polarisée par les vices du parlementarisme. Mais en 1958-1962 s'est produite une révolution institutionnelle, qui a donné la prépondérance à l'exécutif sur le parlement. Cette évolution a été consacrée par l'élection du président au suffrage universel, que le comte de Paris avait vivement conseillée au général de Gaulle. François Furet a pu dire que les deux traditions, royale et républicaine, avaient été ainsi réconciliées, Ce qui, d'une certaine façon, achevait la Révolution Française,  à l'encontre de la volonté farouche de cette dernière de se débarrasser définitivement du spectre de la monarchie.

    Pierre Boutang, qui entendait continuer la tradition maurassienne, a voulu introduire dans la réflexion royaliste cet élément nouveau. Il l'a fait d'une façon extrêmement originale dans son livre Reprendre le pouvoir. Il y développe une pensée de la légitimité, qui passe outre aux impasses des théories de la souveraineté. Cette dernière est accordée soit au monarque, soit à la volonté populaire. Il apparaît ici que ces deux éléments doivent être composés dans le cadre d'une logique politique où l'autorité n'est pas sapée par le consentement populaire,  mais sort renforcé dans un dialogue ordonné.

    Gérard Leclerc soumet ces réflexions à la sagacité des royalistes d'aujourd'hui.  Il pense que l'apport d'un Pierre Boutang, comme d'autres apports, doivent être pris en considération, si l'on veut que le royalisme soit débarrassé de certaines ambiguïtés et réponde à certaines réquisitions raisonnables à propos de la représentation et de la participation populaires. Ceci dit, le champ est ouvert pour prolonger réflexions et propositions, dans le but de rendre plus crédible notre projet politique.

Par le petit Maxime
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Vendredi 29 août 2008
    Le libéralisme désigne une réaction contre une société traditionnelle plutôt holiste. Cette pensée nécessite, pour se justifier, l’invention d’un ‘’état de nature’’ théorique ; i.e. une guerre de tous contre tous nécessitant la création  conventionnelle d‘un État tout-puissant pour garantir la paix civile. Il s’agit de reconstruire les théories sociales à partir de l’individu isolé des groupes sociaux, une reconstruction sociale sous-tendue par la légitimisation de la société par l’individu. Elle se caractérise par :
- deux sphères séparées, l’État d’une part, une société civile composée d’individus en relation horizontale d’autre part.
- des relations sociales fondées sur le droit et le commerce.
- une organisation spontanée de la société et indépendante de l’État ; est postulée aussi l’idée que chaque individu va, par la recherche de ses intérêts particuliers, participer naturellement au bien-être du tout ; ‘’naturellement’’ s’entendant, au sens libéral : «une fois les corps intermédiaires naturels qui empêchent l’épanouissement de l’individu supprimés»…
Mais le libéralisme reste incompris. Il est d’abord une critique, celle de la violence politique, considéré par lui comme conséquence de confrontations d‘ordre religieux. Il faut le voir comme l’idée éclatée et diffuse qu’il fut à ses débuts et le corpus polymorphique qu’il est aujourd’hui : social-libéralisme, néolibéralisme ou anarchocapitalisme.
1) Le social-libéralisme critique les conséquences radicales du libéralisme en économie. Constatant les dégâts d’une liberté et d’une égalité formelle, il souhaite le passage à une égalité réelle. (gauche américaine)
2) Le néolibéralisme constitue une réhabilitation du libéralisme du XIXème fondée sur l’État de droit, une concurrence pure et parfaite s’accommodant d’un néo-darwinisme censé valoriser l’initiative individuelle et justifier l’acquisition de biens comme l’inégalité qui en résulte.
3) L’anarchocapitalisme ou libértarianisme se définit comme plus hostile que les autres à la présence de l’État, même
l’État-gendarme, d’où notamment une privatisation totale des biens publics. Il est acquis à l’idée d’une autogestion communautaire avec cooptation. Se pose alors le problème des monopoles au sein de la société et celui des éventuelles sociétés externes qui remettraient en cause l’équilibre instauré. L’un de ses représentants est l’universitaire américain Hans Herman Hoppe. Celui-ci est devenu monarchiste par soif de liberté. A lire avec circonspection mais sans modération.
Par le petit Maxime - Publié dans : doctrine
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Vendredi 29 août 2008
    Grand bond en avant dans l'Histoire de notre auguste royaume ; quittons Philippe le Bel et son oeuvre d'indépendance vis-à-vis du Vatican pour étudier une époque bien plus noire, "trop connue pour être bien connue" selon l'adage : les années de l'Occupation.
    Entre 1940 et 1945, le traumatisme causé par l'humiliante défaite militaire est source de bouleversements politiques vraiment spectaculaires. Les historiens désignent ces phénomènes sous le nom de "Paradoxe français". Simon Epstein, économiste, historien, professeur à l'Université de Jérusalem et spécialiste de l'antisémitisme occidental des XIXe et XXe siècle, livre des éclairages précieux sur cette classe politique qui subit une implosion ainsi qu'une fragmentation profonde. Le Paradoxe français nous donne à voir des retournements de positions et des changements d'alliances stupéfiants.
    Ainsi l'on note que dans les appareils fonctionnaires et militants de Vichy s'activaient des anciens partisans dreyfusards, philosémites et d'anciens militants antiracistes ayant retourné leur veste afin d'apporter leur pierre à l'édifice de nazification. On retrouve également des communistes de tendance trotskiste comme la Fédération des Etudiants Révolutionnaires, présente à Paris et à Strasbourg. Celle-ci suivait - avec un zèle tout particulier - la ligne du PCF, à savoir "Accueillons nos camarades allemands". Une ligne politique qui ne changera qu'en 1941. Des socialistes prêtent aussi main forte au Maréchal, au premier rang desquels on trouve Laval, figure tutélaire de la Collaboration. Pétain était d'ailleurs le chouchou de la presse de gauche de l'époque du Front populaire qui, observant l'éclosion de régimes autoritaires chez nos voisins (Franco, Musso, Adolf, etc.), allait jusqu'à demander si la formule ne pouvait pas s'appliquer à notre pré hexagonal. «Pétain, le dictateur qu'il nous faut» affirme la Une d'un journal affilié au Parti Radical, en 1937. Rappelons, enfin, que le Maréchal Pétain reçoit les pleins pouvoirs d'un Congrès à majorité socialiste et que l'on trouve dans l'ombre de son gouvernement certains acteurs du Front Populaire.
    Au vu des ces tristes participations, la théorie qui veut que Vichy fut la revanche de la droite ainsi qu'une rupture d'avec la République, s'écroule. Les royalistes ne sont pas exempts de reproches, hélas, et l'on en compte au Commissariat aux Affaires Juives, dont un des trois patrons se disait "blanc". La structure a d'ailleurs malheureusement été organisée par certains de nos militants "maison".
    Ces années, encore très présentes dans les mémoires françaises, constituent d'ailleurs une période charnière dans l'histoire d'AF où l'on voit les rangs se séparer entre Résistance héroïque ou coup de main à l'occupant contre "la vermine rouge et la juiverie". La passivité n'est pas dans nos humeurs.
    Beaucoup de nos glorieux aînés sont quand même très lucides quant à "l'amitié franco-allemande". Maurras et Bainville leur ont enseigné la méfiance à l'égard du Teuton à croix gammée et ces maîtres s'étaient montrés convaincants. Aussi sont-ils très nombreux parmi les "insurgés de la première heure" ; Leclerc de Hautelocque, d'Estiennes d'Orve, le Duc de Choiseul-Praslin, Jacques de Guélisse, Daniel Cordier, Ghislain de Bénouville, et bien sur Jacques Renouvin pour ne citer qu'eux.
François-Marin Fleutot raconte leur histoire dans Les Royalistes dans la Résistance.
    Cette période troublée nous montrent bien que la lecture de l'Histoire n'obéit à aucun déterminisme et ne souffre d’aucun manichéisme. Elle nous rappelle également que l'Histoire officielle des manuels scolaires pue le Tipp-Ex et cache à peine ses coups de ciseaux et ses ratures.
Par le petit Maxime - Publié dans : point histoire
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